Drogues et autres abus

Quand je suis seul dans ma boutique
Je deviens ma propre Amérique
Je me découvre des continents
Des coins en moi que j’ignorais depuis longtemps

J’accroche ma guitare dans mon cou
Comme un collier
Comme une victoire
Ou une manière de m’faire des sous

J’compose des hits qui pognent même pas
J’ai toujours déjà entendu
Les tounes qui m’viennent au bout des doigts

Je vends des mots dans une musique
Comme d’autres veulent me vendre des bananes
Ce n’est jamais plus sympathique

À la différence qu’on se tanne
Plus vite des mots que des bananes
Si bien que les légumes restent toujours semblables

Et que seul comme en transe
Je rénove mon silence

- II -

J’ai des oiseaux que je protège
En me gardant en cage
J’y fais chaques jours le ménage

Mon ti bol d’eau
D’la rip de bois
D’la graine en masse
Pis un matelas
Pas grand chose avec ça

J’écoute siffler mes volatiles qui sont chaque fois plus difficiles
En mélodie

J’apprends par coeur les sons de brousse
Les oiseaux savent ce qui les pousse
À faire du bruit

Ils me soufflent des airs de pays
Que je n’ai jamais visité
Mais auxquels j’ai toujours rêvé

Des sons de mers et de montagnes
Avec un ti coin de campagne
Pour passer les jours de congé

Mais ma boutique ces jours-ci
Ne vaut guère plus qu’un bol de riz

- III -

Dans la foulée des événements
et de la menace du beau temps
Je fabrique des danses de la pluie

Je me sculpte un genre de totem
Que je dispose comme une emblème
Comme un oiseau du paradis

Je me dis
Si j’avais des ailes
J’arracherais la paire de bretelle
Qui tient mon corps à mon esprit

Mais enfin
Pour avoir la paix
Je m’allume un grand calumet
Il y a des soirs où ça suffit

S’il y a un ciel des idées
C’est assez dur de se figurer
Où sont rendues les idées que j’ai

Je les imagine très très haut
Car les idées et les oiseaux
Ont en commun de voyager

Et mes idées ces jours-ci
Ont envie de faire du bruit





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